Kushiel – Tome 1 : La marque – Jacqueline Carey
Avant la lecture :
La Marque (titre original : Kushiel’s Dart) est un roman de fantasy de la romancière américaine Jacqueline Carey publié en 2001 et traduit en français en 2008.
Ce roman a reçu le prix Locus du meilleur premier roman 2002.
Il fait partie d’une trilogie qui elle même s’insère comme première trilogie d’une série de trois.
Pour résumer : trois trilogies dans le monde Kushiel, chacune indépendante. Ce roman est le premier de la première trilogie.
Résumé
Dans ce tome on suit l’histoire de Phèdre, une fillette qu’on va voir grandir au cœur de ce monde de fantasy.
C’est une sorte de monde parallèle au nôtre, similaire sur le point géographique par exemple, on reconnait la France au centre, le Royaume-Uni et l’Irlande à l’ouest séparés par la mer et les pays scandinaves à l’est.
Le monde semble être un monde mi-médiéval mi-contemporain, sans technologie, avec la présence codifiée et rare de magie, et un système de classes sociales semblable au système féodal.
Phèdre grandit au coeur de la capitale, au sein d’un sous-système codifié de maison de plaisirs liées à des apôtres d’un ange déchu, au coeur de la religion du monde de Terre d’Ange.
En effet en ce qui concerne le contexte du monde, l’auteur décrit tout un système basé sur la religion qui dans ce monde semble avoir des racines tangibles (des descendants de dieux avec des pouvoirs).
L’histoire de Phèdre se passe à Terre d’Ange (France réinventée). Elle voyagera beaucoup pour déjouer de nombreux complots visant la couronne.

Mon avis
Sur le fond
Aïe aïe aïe…
On va aborder le point qui fâche. Ce livre est sorti en 2001, et ça se ressent.
Aujourd’hui, et alors que la littérature s’érotise, ce livre aurait quand même je pense fait parler de lui et pas en bien, là où en 2001 il a dû rester sous les radars.
En effet, si le fait que l’histoire se passe majoritairement dans sa première partie au sein du système des maisons de plaisir, le souci n’est pas là. Ce n’est pas le premier ni le dernier livre qui évoque ce genre de système au cœur du récit.
Le souci tient au fait que c’est l’environnement où l’héroïne grandit. Elle est vendue à une de ces maisons, et grandit donc dans un contexte qui peut sembler peu adapté au développement d’un enfant. Mais là encore, pourquoi pas, ce n’est là non plus pas le premier ni le dernier récit de ce genre, et ce serait nier la réalité que de prétendre qu’on ne rencontre jamais d’enfants qui gravitent autour de tels lieux.
Ce qui est choquant, c’est la rationalisation par Phèdre de la justesse de ce système et du fait qu’elle est impatiente d’en faire partie. Elle est même décrite comme appartenant à une maison où les adeptes aiment souffrir.
Le premier tiers du récit nous raconte donc l’enfance de Phèdre et lui fait expliquer en long en large en travers à quel point elle a hâte de se voir soumise à des clients. Il faut rappeler qu’elle a 4 ans lorsqu’elle est vendue à sa maison, et une dizaine lorsqu’elle rejoint son « maître » qui lui sert de précepteur et de proxénète.
Tout ce début de récit m’a mise incroyablement mal à l’aise et pourtant j’ai lu beaucoup de romans. J’ai d’ailleurs pu retrouver le même ressenti sur de nombreux sites de critiques littéraires.
Si on peut accepter d’autres systèmes de pensée, culture ou valeurs dans un récit de fiction, ici j’ai vraiment eu l’impression qu’on justifiait juste de la pédocriminalité.
Toujours du malaise
La suite du récit est moins dérangeante, mais toujours un peu perturbante.
Les descriptions des scènes érotiques sensées être incroyablement subversives dans l’histoire même (on rappelle que Phèdre est liée à un dieu qui lui fait ressentir du plaisir dans la souffrance), sont pourtant très classiques, peu détaillées voire un peu plates.
A l’image de la soumission de Phèdre au chef barbare qui revoit avec elle un livre sur toutes les positions sexuelles, partie du récit pendant laquelle Phèdre nous rappelle à quel point tout ceci est hors norme et terriblement pervers, alors qu’on aura une seule description qui consiste à passer du missionnaire à une position à quatre pattes…
La souffrance incroyable pouvant être subie par Phèdre et mise sur un piédestal est du même acabit, en description, on aura quelques coups de fouet, des lacérations et une brûlure, qui seront plus sujet à provoquer du malaise chez le lecteur qu’une réelle surprise ou même l’admiration que l’auteur semble pourtant vouloir nous faire ressentir quand aux « dons » de Phèdre.
Mis à part l’aspect érotique qui est au centre du récit et pourtant clairement anecdotique voir mal écrit, (si on l’enlève, tout ce qui est retiré à l’histoire est le malaise que les scènes nous font ressentir) d’autres aspects sont un peu pénibles à la lectrue :
Il y a quelques lourdeurs, avec l’insistance sur la beauté et la supériorité des « d’angevins » par rapport aux autres peuples qui sont toujours décrits comme des barbares ou des rustres incultes, malgré la présence pourtant manifeste au sein même du récit de l’inverse.
On se dit juste à force que Phèdre a un biais de réflexion et n’est pas très ouverte ou intelligente.
Aucune remise en question du système ou de la supériorité évoquée des « d’angevins » ne sera abordée.
Contrairement à beaucoup de récits, l’héroïne voyage mais n’évolue pas beaucoup.
C’est pas pire
Je me suis quand même accrochée et à ma grande surprise, une partie du récit est plutôt une histoire de fantasy correcte, avec quelques passages novateurs.
Si les critiques que j’ai pu lire regrettaient des longueurs (c’est vrai que le roman est particulièrement long), il ne m’a pas autant paru indigeste que d’autres pavés du genre.
Cependant, à la fin de ce tome 1, ce qui ressort pour moi c’est la sensation d’une histoire simple voire simpliste dans un enrobage alambiqué qui fait que le récit est inutilement peu agréable à lire par moments.
Sur la forme
Le système est incroyablement complexe et paradoxalement peu crédible parfois, comme si l’architecture du monde avait parfois été créé au fur et à mesure.
De plus, il semble que l’accent a été mis sur l’environnement des personnages principaux (la construction du système autour de la capitale et des maisons) car lorsque l’héroïne voyage, le monde semble beaucoup moins travaillé et plus simpliste. Elle passe dans des endroits qui semblent peu construits voir flous.
C’est un peu comme dans les dessins animés où on sait tout de suite quel élément va bouger, parce qu’on le remarque plus que le fond sur l’image.
Lorsque les personnages sont amenés à s’arrêter quelque part, on a des descriptions plus ou moins succintes des lieux et du système qui les régit suivant le temps qu’ils vont y passer.
Le résultat est assez décevant, et nuit à mon sens à l’histoire principale qui dès lors semble surjouée.
On retrouve un peu la dichotomie Paris/province. Tout ce qui ne se passe pas dans les grandes villes est inintéressant. Et au milieu de ces grandes villes, la plus importante est la capitale.
On retrouve le même système avec la description des personnages. Le contraste entre les personnages qui vont avoir de l’importance pour Phèdre et les autres autour est trop marqué. Bien sûr l’héroïne va parfois regretter de ne pas s’être rapprochée de la pauvre cuisinière de la maison qui finit tuée comme le personnage secondaire qu’elle est, mais son remord tient en une ligne et disparaît bien vite.
Des personnages nés pour être supprimés et qui servent plus de faire-valoir d’une scène que de véritables habitants du monde dans lequel ils évoluent.
Alors ?
Malgré un récit avec quelques idées nouvelles, ce sera un non pour moi. Je ne pense d’ailleurs pas lire la suite.
Le début du récit est incroyablement malaisant et la fin est assez plate, et je n’ai pas envie de m’infliger un deuxième, voire troisième pavé pour suivre une histoire assez quelconque au demeurant.
Cependant, il faut noter l’enthousiasme de certains lecteurs dans les critiques en ligne, et le fait que l’auteur en a écrit 8 de plus dans le même univers, et est une auteure reconnue et prolifique, donc il vaut peut être le coup de se faire son propre avis, mais pour moi il n’entre pas sur mon étagère des livres marquants de la fantasy (même pas sur l’étagère des livres à lire pour être honnête)
mal à l’aise / 20

